Σ΄ ένα κόσμο χωρίς μαγεία, χωρίς πίστη, χωρίς ελπίδα, χωρίς θεό και μοναδική αλήθεια, σε ένα κόσμο χαώδη και κατακερματισμένο, πώς μπορεί η ιστορία να είναι ή να φαντάζει επική; Ούτε και να καμώνεται μπορεί. Στη νεότητά της η ιστορία υπήρξε επική. Τώρα όμως στην ωριμότητά της δεν μπορεί παρά να είναι ειρωνική, σαρκαστική, σχετικιστική, τραγική. Ίσως οι επικοί τρόποι να ξανακάνουν την εμφάνισή τους στη σκηνή της ιστοριογραφίας όταν φουσκώσουν και πάλι τα πανιά των οραματισμών και το ποτάμι της δικαιοσύνης κυλήσει ορμητικό, όταν οι άνθρωποι πιστέψουν στις δυνάμεις τους και εκφράσουν τη συλλογική σκέψη και δημιουργικότητά τους, όταν κατορθώσουν να λυτρωθούν από το άγος και το άχθος του παρελθόντος, όταν η ουτοπία αρχίσει να θαμποχαράζει.



«Η ιστορία μπορεί να μας βοηθήσει. Μπορεί, επίσης, να είναι πολύ επικίνδυνη. Είναι περισσότερο σώφρον να αντιμετωπίζουμε την ιστορία όχι ως σωρό νεκρών φύλλων ή συλλογή σκονισμένων έργων τέχνης, αλλά ως μικρή λίμνη, μερικές φορές ευεργετική, συχνά θειούχο, που, χωμένη κάτω από το παρόν, διαμορφώνει σιωπηλά τους θεσμούς μας, τον τρόπο που σκεπτόμαστε, το τι μας αρέσει και τι δεν μας αρέσει. Απευθυνόμαστε σε αυτήν [....] για επιβεβαίωση, για να πάρουμε μαθήματα και πληροφορίες. Η επιβεβαίωση, είτε πρόκειται για προσδιορισμό της ταυτότητας ομάδων, για αιτήματα ή για δικαίωση, σχεδόν πάντοτε προκύπτει από τη χρήση του παρελθόντος. [...] Το παρελθόν μπορεί να χρησιμοποιηθεί σχεδόν για όλα τα πράγματα που θέλουμε να κάνουμε στο παρόν. Κάνουμε κακή χρήση του όταν δημιουργούμε ψέματα για το παρελθόν ή γράφουμε την ιστορία με τρόπο που να παρουσιάζεται μόνο η δική μας άποψη».

Margaret Macmillan, Χρήση και κατάχρηση της ιστορίας, μετάφραση Μίνα Καρδαμίτσα – Ψυχογιού, Ινστιτούτο του Βιβλίου – Α. Καρδαμίτσα, Αθήνα 2012, 11 [πρώτη έκδοση στην αγγλική γλώσσα 2009]


«Σ’ έναν κόσμο γεμάτο αβεβαιότητες η ιστοριογραφία μπορεί να κινηθεί προς απρόβλεπτες κατευθύνσεις». Georg Iggers.


«Προχωρήστε και να ξέρετε ότι σ’ ένα όχι και τόσο μακρινό μέλλον θα ανοίξουν και πάλι οι πλατιοί δρόμοι μέσα από τους οποίους θα βαδίσει ο ελεύθερος άνθρωπος για να χτίσει μια καλύτερη κοινωνία». Σαλβαδόρ Αλιέντε.


Τρίτη, 28 Αυγούστου 2012

«Mémoire institutionnelle et anti-mémoire: le récit de vie du marin Stamatis Skordos et le dossier le concernant, constitué par la police»



Le témoignage et le dossier du marin syndical communiste Stamatis Scordos originaire  de Korthi de l’île d’Andros, parent éloigné de Dimitris Glinos, offrent l’occasion à l’historien d’enrichir l’enquête historique avec deux excitants et nouveaux – dans le cadre de l’historiographie grecque au moins – produits de sources historiques primaires : une source de première personne et une source archivistique, désormais rarement disponible, qui sauve la mémoire institutionnelle d’une longue période de répression du mouvement communiste, le traitement de ces sources étant sensé obéir à de nouvelles techniques méthodologiques, qui renient la logique du fétichisme positiviste, sans cependant réfuter les fonctionnements traditionnels de la vérification de la fiabilité des sources historiques primaires, qui sont fondées sur le contrôle de validité intérieur et extérieur et sur le recoupement des informations.  Parallèlement, en raison de leur nature et des nouvelles questions qu’elles posent, ces sources permettent à l’historien de se mesurer à la problématique historiographique moderne, telle que celle-ci est composée par la nouvelle histoire politique, l’histoire sociale dans sa version « de l’histoire d’en bas », la micro-histoire, l’histoire orale et l’histoire des représentations collectives et des mentalités, en révélant l’action, le vécu, les modes de construction et de perception du temps, ainsi que les représentations collectives des classes sociales « tributaires ».  À travers cet affrontement, l’historien minimise le risque de succomber à des préjugés idéologiques, qui idéalisent des aspects du passé, ou à des tendances modernes, qui parfois changent l’historien en détective ou en chasseur de têtes et parfois en propagandiste soit de l’idée d’une identité compacte et renfermée, soit en promoteur des procédures de construction de cette idée.  En ce sens, le témoignage et le dossier de Stamatis Scordos ont une signification pour la science de l’histoire non seulement en tant que traces-preuves de la particularité individuelle et de l’aventure d’un syndical communiste, de sa marche idéologique et de son engagement, mais aussi en tant que prismes reliés, à travers lesquels l’historien peut entreprendre d’évoluer du partiel au collectif et, si possible, à l’universel.
Si nous voulions évaluer les reliquats de Stamatis Scordos (témoignage / dossier) selon leur fonctionnement en tant que sources historiques primaires, nous ne pourrions qu’admettre qu’ils sont d’une importance exceptionnelle, tant par rapport à l’histoire contemporaine considérée du point de vue de la Gauche combattante et aussi des mécanisme répressifs de l’État, que par rapport à l’histoire sociale du travail et de l’évolution du mouvement ouvrier et syndical, non seulement en Grèce mais aussi en Angleterre et aux USA, depuis la période d’entre deux guerres jusqu’aux années 1960.  Cependant, l’importance documentaire des reliquats de Scordos sera mise en relief, à condition que d’abord soit étudié la correspondance des faits du témoignage à ceux du dossier et, surtout, la reconstruction éventuelle de la mémoire par rapport aux éléments du dossier, dans la mesure où ces éléments aient pu – inconsciemment selon toute évidence – avoir fonctionné comme une trame – guide pour le rappel du passé et pour la reconstruction narrative de la mémoire.  À notre avis, l’importance documentaire du matériel que dépose Stamatis Scordos consiste, par excellence, à l’intérêt exceptionnel qu’il présente concernant le développement et la dynamique des luttes sociales et syndicales en Grèce, depuis la période d’entre deux guerres jusqu’aux années 1960 et, particulièrement, concernant l’organisation du mouvement ouvrier marin grec, non seulement en Grèce mais aussi en Europe occidentale et aux USA, ainsi que le montre la constitution et le fonctionnement de clubs tels que « Spartacus » à New York. Le mouvement marin grec, inspiré de l’idéologie communiste, a pris la forme d’une lutte revendicative et d’une cristallisation progressive de conscience révolutionnaire de classe, parce qu’il a trouvé comme un champ convenable pour son développement, dans la réquisition de dépassement des conditions de travail et de vie misérables que supportaient les marins dans les vaisseaux de commerce et dans l’élargissement de l’horizon des marins grecs par leur expérience internationale.  Le rapport dialectique entre les événements de la scène politique locale et ceux de la scène politique mondiale a décisivement influé sur l’évolution de maturation du mouvement marin grec.  Les points repères les plus importants de cette évolution ont été, d’une part, l’opposition active du mouvement marin grec au camp idéologique fasciste et nazi au cours de la Seconde Guerre Mondiale, qui a pris la forme d’une lutte suprême pour que les vaisseaux restent « en mouvement » de sorte que les lignes d’outre-mer ne soient pas « fermées » et, d’autre part, la Guerre Civile en Grèce et la prédominance des forces gouvernementales à la fin, des événements qui ont mené, après 1951 et 1954, à la signature des nouveaux contrats collectifs, à la révocation presque totale des acquis syndicaux de la période 1940-1944.  Dans ce cadre historique, les événements cruciaux de la lutte politique et syndicale des marins grecs sont les premières manifestations grévistes durant les années 1930, la fondation du syndicat « Union Marine de Grèce » (NEE) en 1936, son siège étant sis d’abord à Marseille et après 1940 à New York, la grève de Décembre 1940 et, d’une manière générale, la graduation de la lutte contre le patronat armateur, la signature du contrat collectif en Angleterre au mois d’Août 1941, la hausse importante des salaires des marins au cours de la période 1943 – 1951, ainsi que la fondation de la « Fédération des Organisations Marines Grecques » (OENO), son siège étant sis à Cardiff, au mois de Mars 1943.[2]  Ce dernier événement a été la conséquence de la nouvelle dynamique créée par l’autodissolution de la NEE et par la création d’un nouveau contexte en raison de la participation active des marins communistes grecs à la lutte antifasciste;  il faudrait aussi reconnaître aux origines de ce contexte le conflit couvé entre le gouvernement grec en exil et les armateurs grecs à cause, d’une part, des chartes-parties qui prévoyaient l’affrètement des vaisseaux sous réquisition à un fret fixe, ce qui réduisait drastiquement, d’après les armateurs, leur marge de bénéfice et, d’autre part, à cause de l’engagement des comptes des revenus maritimes à Londres.
Le fait que le mouvement marin grec a marqué ses succès les plus importants durant la période 1940-1944, c'est-à-dire dans une situation de guerre, confirme le schéma explicatif, selon lequel les opérations de la guerre ou à certaines conditions seule la menace d’une guerre (en tant que facteurs qui peuvent mener le système à une crise) favorisent l’interventionnisme étatique, ce qui mène à la prise de mesures de politique sociale dans le but que la reproduction des rapports sociaux soit régulière et que la dynamique révolutionnaire émergeante soit émoussée, dynamique révolutionnaire qui risque de surgir si les opérations de guerre tournent mal. [3] Par contre, la régulation de la vie politique au niveau international ou national, compromet les acquis du travail et les droits syndicaux qui étaient consolidés pendant la période de guerre.
Le récit de vie de Stamatis Scordos est important, également, 1) à propos de la connaissance des méthodes de recrutement de membres par le KKE, 2) à propos des modes de constitution de son réseau organisationnel sous des conditions de clandestinité en Grèce et à l’étranger, 3) à propos du relevé de la culture politique des marins et de la formation progressive d’un éthos et d’une éducation militante de syndical communiste, 4) à propos de la formulation de questions sur l’éducation théorique des cadres et des membres du KKE, 5) à propos des débats idéologiques qui ont eu lieu à l’étranger pendant la Seconde Guerre Mondiale, 6) à propos des conflits qui éclatèrent à l’intérieur des organisations marines, 7) à propos de la participation des marins communistes grecs à la lutte qu’ont menée les forces des alliés contre les forces de l’Axe, 8) à propos des mécanismes de répression que l’état a mobilisés pour combattre le mouvement marin et, en fin, 9) à propos du cadre, des termes et des limites de l’envol que le commerce maritime grec a connu après la guerre.  La fonction documentaire du témoignage de Scordos ne s’épuise pas aux faits du mouvement marin, mais ce témoignage constitue une source fiable pour l’étude de la « géographie humaine de la terreur » des camps de concentration de la période de la Guerre Civile et de la période d’après la Guerre Civile. Scordos enregistre des aspects de la vie des détenus dans les camps des îles de Yaros et de Macronissos et aussi dans les prisons de Hadjicostae et d’Averof a Athenes, de Kalamata et de Patras, en concentrant particulièrement son intérêt sur les travaux forcés et sur les formes de résistance des déportés et des détenus.


Le phénomène d’épanouissement et de démocratisation de la mémoire historique fait son apparition durant les années 1970.  Il est organiquement lié à l’abandon du caractère réglementaire du récit national, qui était fondé sur l’idée d’une mémoire collective nationale unique et compacte et il est produit non seulement de la démocratisation de l’historiographie, mais aussi de l’effondrement des «grandes idéologies» et des récits du 20ème siècle, principalement de l’idée du Progrès (opinion de Henry Rousso et François Bedarida).  Des mémoires multiples qui, par le passé, étaient réprimées, ont émergé et elles ont fait paraître non seulement la demande de la vérité historique, avec le témoignage individuel, mais aussi le vécu en tant que critère inhérent de leur authenticité.  L’épanouissement de la mémoire est lié aussi à l’épanouissement de la littérature autobiographique, à l’occupation avec l’histoire familiale, ainsi qu’à la création de musées personnels.  Michel Wieviorka considère que l’assaut dans la sphère publique de mémoires individuelles hétéroclites et multiples ne surgit pas uniquement de l’incertitude de l’avenir et de la crise des valeurs du présent, qui ont entraîné un recul au passé, soit en tant qu’assise, soit en tant que consolation, soit en tant que fil conducteur, mais aussi en tant que conséquence de la pression, que les groupes organisés, opprimés ou victimes d’élimination systématique, ont exercée par le passé, afin que leur offre soit reconnue et que leur vécu soit sauvé.
Ioanna Papathanassiou[4] qualifie ces témoignages de «documents autobiographiques de la Gauche», de corps d’informations utiles à la compréhension du mode de constitution et du parcours historique du mouvement de gauche / mouvement communiste en Grèce.  I. Papathanassiou, (voir p.256-257) distingue trois cycles différents d’activité littéraire et éditoriale, trois périodes successives de publication de témoignages : a) 1974-1981 : durant cette période les témoignages répondent, en premier lieu, au «besoin d’une plus vaste acceptation et légitimation des communistes dans la société hellénique», mais ils répondent, en parallèle, aux utilités de la lutte idéologique et politique qui se déroule au sein de la Gauche. b)  1981 – 1989 :  il s’agit d’une phase d’introspection, caractérisée par la recherche des causes de la défaite de la Gauche en Grèce et par une tentative d’ imputation de responsabilités.  c)  depuis 1990 : il s’agit d’une période de repli, qui évolue en une crise d’identité de la Gauche après l’écroulement du régime communiste, un événement qui a généré l’interprétation rétrospective du passé, sous le prisme du cours «à chaud» du présent, d’une part, et le doute et l’incertitude généralisés à propos du rôle de la Gauche dans le monde actuel, d’autre part. Ce qui est paradoxal, c’est que dans le témoignage de Scordos apparaissent des traits distinctifs de chacune des trois périodes ci-dessus. La segmentation faite par  Polyméris Voglis[5] diffère de celle, en trois parties, de Ioanna Papathanasiou.  Voglis écrit à ce sujet : «Au début, durant les années 1970 et 1980, il a été publié les mémoires et les témoignages de certaines personnalités de la Gauche qui avaient joué des rôles de protagonistes dans la Résistance et dans la Guerre Civile. Ces mémoires là, constituaient plutôt des récits d’ événements politiques et militaires et tentaient de répondre aux questions pressantes qui se posaient sur les raisons de la défaite et les responsabilités s’y rapportant, tandis qu’en même temps, les auteurs desdites mémoires réglaient d’anciens comptes entre eux ou faisaient régénérer le conflit entre les deux partis communistes.  Par la suite, à partir du milieu des années 1980 et surtout au cours des années 1990, un nouveau genre de témoignages apparaît. Cette fois les écrivains étaient les simples militants, les hommes et les femmes qui avaient participé à la Résistance, avaient été incarcérés durant la Guerre Civile ou avaient combattu dans les rangs de l’ Armée Démocratique.  Ils ne se sont pas concentrés sur les événements d’importance décisive, mais sur l’expérience personnelle [……].De même, l’axe narratif se déplace : l’opposition dominante “nous” contre les “autres” (la direction de la prison, l’état etc.) a petit à petit cédé la place au dialogue interne de l’espace de Gauche et à l’ identité bipolaire “nous / nous”.  En parallèle, l’expérience subjective, le “égo” de l’écrivain – témoin, s’érige en constituante narrative privilégiée».  Sur la base de la segmentation de Voglis et des traits distinctifs qu’il attribue à chacune des deux périodes qui se succèdent, le cas de Stamatis Scordos doit être classé dans la deuxième vague de publication de témoignages de militants communistes.  Ces schémas d’interprétation sous-estiment le fait que ce processus avait commencé depuis le début des années 1960 et qu’il a été interrompu à cause de l’imposition de la dictature de sept ans.
Il vaut bien noter qu’un nombre considérable de témoignages sur les camps de concentration et les lieux d’exil de la période de I.Métaxas ont été publiés durant la période de la junte militaire 1967-1974[6] ou auparavant.
Un fait remarquable a été la parution du périodique Εθνική Αντίσταση (Résistance Nationale), dont le siège était à Prague, dans lequel ont été publié des témoignages de partisans de la Gauche qui, pendant la période de ce qu’on appelle « Μεταπολίτευση» (prononcé Métapolitefsi signifie changement politique), ont publié un grand nombre de textes autobiographiques[7] .
Le témoignage du marin Stamatis Scordos, une forme intermédiaire entre l’anti-histoire instituée et l’enregistrement de la mémoire personnelle, se range dans la large vague de publication de mémoires de militants de la gauche déclenchée dès les premières années de « Metapolitefsi », et qui devint une marée de flot, dirait-on, au cours des années 1990; c’est à cette période là, justement, que fit son apparition la recherche historiographique scientifique sur la période de l’Occupation, de la Résistance et de la Guerre Civile.  La recherche historiographique se mouvait tantôt dans le cadre de l’histoire politique et militaire, tantôt dans celui de l’histoire orale et, plus rarement, de l’histoire sociale et avait pour axe de ses sujets les causes et les dimensions locales, nationales et internationales du conflit civil, la constitution de l’État d’urgence, les camps de concentration et, d’une manière générale, les lieux d’incarcération, ainsi que le sort des survivants de l’Armée Démocratique qui s’étaient réfugiés dans les pays communistes.  Les repères dans le temps, balisant le trajet de cette effervescence d’écrire et de publier qui avait pour buts évidents la contestation du récit historique officiel, la rupture avec l’historiographie institutionnelle et, sur un second plan, la réhabilitation ou la dévaluation des choix de parti ou personnels, ce sont d’une part la légitimation du KKE (Parti Communiste de Grèce) en 1974, l’avènement du PASOK (Mouvement Socialiste Panhellénique) au pouvoir en 1981, la reconnaissance officielle de la Résistance Nationale en 1982 et, d’autre part, la fin subite de la Guerre Froide en 1989, qui mena à la réunification de l’Allemagne, à la démocratisation des États ex-communistes et, surtout, à la destructuration interne et à la dissolution finale de l’Union Soviétique.
En particulier l’écroulement de l’Union Soviétique, signalant l’annulation de l’utopie communiste, provoqua, ainsi qu’il était raisonnable, à la majorité des communistes Grecs qui avaient participé à la Guerre Civile, soit des projections rétroactives du présent sur le passé, une tendance de faire la lecture historique du passé comme tragédie ou comme une ironie tragique, soit la nostalgie et la sclérose idéologique, attitude qui a été secondée par la dynamique de la mondialisation économique, par l’agressivité inédite du capitalisme dans sa version néolibérale et par la levée partielle des acquis et des droits sociaux des travailleurs qui avaient constitué le cadre organisationnel de l’État Providence de l’après-guerre.[8] 
Le récit de vie de Stamatis Scordos, temoignage de documents autobiographiques de la Gauche non seulement en Grece mais en Europe occidentale aussi, réfute la distinction manichéenne proposée par François Bedarida opposant, au niveau de statut, l’histoire des événements à celle de l’imaginaire social.[9] À mon avis, par contre, la mémoire personnelle et collective, ainsi que les processus de leur reconstitution, dans des contextes historiques précis, peuvent fonctionner comme un pont qui permettra de connecter le niveau de l’ontologie historique (faits, expériences) au monde des représentations et de la sémantique historique.
C’est la logique de l’histoire officielle institutionnelle qui constitue le premier niveau de l’analyse historique (dossier). Il s’agit de la version émise par l’État menant la guerre civile ou en sortant, qui se reconstitue à travers ses documents archivistiques de caractère institutionnel et extra institutionnel, les documents du dossier personnel de Scordos, les corps de preuves qui le déclarent désagrégé et dangereux pour la sécurité publique en composant sa culpabilité c'est-à-dire sa foi en l’idéologie communiste et son identité de syndical communiste.  L’utilisation des documents dans les dossiers comme sources historiques primaires n’est pas rare dans l’historiographie européenne, puisqu’elle est bien fondée sur le plan scientifique, étant donné que dans le cadre des évolutions relativement récentes sur le champ de l’historiographie critique scientifique, les textes – et les documents dans les dossiers doivent être envisagés comme textes – ne sont plus unilatéralement approchés comme des « carrières d’événements pour la reconstruction du passé », mais en rapport tant avec la manière de laquelle ils sont utilisés pour le dégagement des informations qu’ils contiennent, qu’avec les « procédures sociales et politiques plus larges (par exemple rapports de pouvoir) » dans lesquelles ils s’inscrivent, ainsi qu’avec les situations de communication particulières, dont ils constituent des aspects.  À travers ce prisme, ainsi que l’historien américain Dominick La Capra le prétend, « le procès verbal d’un interrogatoire (…) constitue à lui seul une structure textuelle de pouvoir, attenante aux rapports de pouvoir existants dans la société en un sens plus large »,[10] un texte dont le sens s’active, cependant, seulement au jour de la proposition d’interprétation de l’historien, au jour de la cohérence narrative qu’il va instituer.  Et pour prouver ceci, nous pensons qu’un seul exemple suffirait : un des ouvrages historiographiques les plus importants du 20e siècle, le livre de Edward P. Thompson The Making of the English Working Class (1963) s’appuie précisément sur des rapports d’agents secrets de la police britannique,  prouvant que la fiabilité du témoignage historique « n’est pas une question de principe mais de compétence. »[11]     
Les deuxième et troisième niveaux sont liés à la logique du témoignage de Scordos, à son caractère autobiographique même, compte tenu que ce texte a été conçu, dès le début, pour constituer une édition autonome et non un témoignage oral livré à l’aisance distinctive des historiens dans le cadre d’une recherche historiographique étendue.  Dans ce récit s’empreignent en relief les traces de la présence corporelle, oculaire et auriculaire du narrateur, le cadre circonstanciel qui a joué un rôle déterminant à son engagement idéologique et de parti et à son intégration syndicale immédiate,[12] c’est la version des vaincus de l’histoire, dans laquelle se mêlent la mémoire jadis interdite et maintenant érigée en anti-histoire institutionnelle du KKE et de ses mécanismes, d’une part, et les déchirures fragmentaires, sélectives et grenaillées de la mémoire individuelle du témoin, d’autre part, au moyen du raccordement narratif desquelles le sujet connecte l’événement à l’expérience, donne un sens au temps vécu et tente de faire revivre son trajet historique en tant qu’ensemble cohérent, uni et indivis, de récupérer son accès à la parole publique, mais aussi de rendre accessibles à la postérité sa propre expérience et sa propre identité.[13]  Le soubassement mythique et constructeur du mythe du récit de vie de Scordos c’est la conception de la vie comme une épreuve, comme un service à l’office d’idéaux qui illuminent la dignité humaine et la liberté, tandis que l’approche de ce récit à travers la catégorie analytique de l’intrigue, fait valoir son caractère mixte, tandis qu’en elle s’enlacent tant des éléments romantiques – le conflit entre le héro révolté individuel et collectif et le monde hostile, lequel conflit inflige la chute du héro et la prédominance finale de l’idée de droit – que des éléments tragiques – l’affaissement du héro, qui surpasse les limites humaines en combattant contre des mécanismes de pouvoir implacables.  Le récit de Scordos évince, légitimement, les inerties nées par les silences de l’histoire officielle, par les silences de la légalité imposée par les vainqueurs, mais, en même temps, par les silences issues de la gêne et de la honte que cause le passé au vaincu, aboutissant même au repoussement et au renie de ce dernier.  Cependant, le narrateur ne peut pas surpasser les limites du silence intériorisé et complice sur les échecs stratégiques et tactiques du leadership du KKE lui-même et de ses mécanismes de parti.[14]  D’ailleurs, dans son récit autobiographique prédomine le soin de sauvegarder la mémoire collective, tandis que la réflexion critique sur le passé reste en arrière plan.  Par son récit, par le témoignage de vie qu’il dépose, à travers lequel il ne s’ouvre que des fentes circonstanciées qui laissent voir le coût personnel du combat et la mise en question des décisions et des pratiques de parti, le syndical communiste persécuté remodèle son expérience vécue en expérience conçue.  Remodelage qui vise à la déstructuration de la mémoire sociale officielle, à travers l’intégration des expériences non pas, généralement et indéfiniment, des combattants de Gauche vaincus et exclus de la mémoire nationale et généralement de la mémoire historique, mais plus précisément, d’une avant-garde mondialisée du mouvement révolutionnaire syndical de gauche : des marins communistes grecs.  C'est-à-dire que Scordos cherche à constituer une autre image publique pour lui-même et pour ses compagnons : ne plus être le porteur du miasme collectif, le désagrégé de la communauté nationale, mais le combattant marqué, justifié, dont l’expérience doit constituer un héritage universel, une partie de notre passé historique commun.  Le narrateur remodèle son expérience, sa mémoire et sa conscience historique traumatique, il remodèle la nostalgie et la répugnance que lui cause le passé, en un dépôt politique et idéologique pour la postérité, en une leçon de combativité, de résistance, de persévérance et de liberté.
Le narrateur autobiographié qui, ainsi que le signale généralement à propos des témoignages de cette nature Franguiski Abatzopoulou, « fait son auto-narration pendant qu’il narre »[15] invite le lecteur à devenir le garant de la vérité que contient son récit, en alléguant, au niveau de la rhétorique, l’argument désarmant du caractère autobiographique et authentique comme un élément de persuasion.[16]  Le narrateur récupère le sens perdu de sa lutte, à travers le rétablissement critique et sélectif du passé dans le présent, où les acquis et les droits des travailleurs sont de nouveau contestés et où il est compromis le sens même de la rationalité politique, de la dignité individuelle et de la liberté de l’homme.  De cette façon, le passé cesse d’avoir un sens d’autoréférence, il cesse d’exercer une domination tyrannique sur le présent et il dégage la dynamique libératrice inhérente aux combats déjoués, perdus et oubliés.  Il devient ainsi le critère de valorisation du bilan non seulement du temps accompli, mais aussi de la réalité actuelle;  il devient l’instrument de la scrutation des possibilités critiques que ceux-là contiennent, le catalyseur de la prise de conscience historique et de l’émancipation des hommes; il devient  « l’ autre » qui active les antinomies qui habitent la soi-disant compacte identité du présent, en menant à la surface soit des fragments de sens du révolu – qui nous permettent de nous distancier des certitudes du présent érigé en valeur ontologique du « capitalisme totalitaire », qui parait capable de fléchir les noyaux de résistance de toutes sortes – soit de nouvelles forces créatrices.
Le récit autobiographique de Scordos, d’après les catégories analytiques plus générales que Buschoten distingue, peut être considéré comme un autoportrait, une autobiographie centralisée sur la thématique du héro et de ses compagnons, sur leur rôle de protagonistes et sur l’influence fructueuse qu’ils ont exercée sur l’évolution des événements importants du 20e siècle.  Cependant, en parallèle, dans l’autoportrait de Scordos où jaillit en relief l’intention dénonciatrice, font sporadiquement leur apparition, la thématique de la victime, celle du spectateur involontaire des actions historiques, plus rarement celle du combattant méconnu et presque jamais celle du coupable.[17]
 Dans le cas du récit de vie, ouvert et non autoréférentiel, de Scordos, pour qui l’important c’est la rencontre avec l’autre, la lutte commune et l’expérience injustifiée partagée, la communauté dans la conviction et dans la solidarité, où « (…) l’expérience personnelle s’intègre au sein de la commune et puise dans les mémoires collectives »,[18]  nous n’avons pas à faire à la simple fonction évocatrice de la mémoire individuelle en tant que mécanisme psychique, qui agit exactement comme le rêve, à travers la condensation et  la transposition.  Bien au contraire, nous avons à faire à une mémoire interindividuelle – sociale innée,[19] le soubassement et l’horizon, en même temps, de la conscience individuelle, par la mise en paroles de laquelle il se fait un effort de regagner le temps perdu, de mettre en action, enfin, la vision annulée du changement radical de la société grecque, la réalisation de laquelle avait été tentée à travers la Résistance et la Guerre Civile.  Le martyrologe des compagnons du narrateur, marins et officiers qui ont été torturés et mis à mort dans les îles de Yaros et de Makronissos, sert justement cette utilité : il fonctionne comme un appel aux décédés, trépassés d’une mort imméritée, vers une résurrection imaginaire mais, en même temps, comme un appel à des luttes nouvelles.[20]
Dans le cas du témoignage de Scordos, nous avons à faire à une tentative d’accès à la mémoire, dans le but de forger ou de renouveler une tradition de lutte, à travers laquelle le temps et l’action acquièrent une continuité, donnant un sens à l’existence tant individuelle que collective.  Si, ainsi qu’il est admis de nos jours, toute narration a primordialement une fonction existentielle, puisqu’en donnant un sens à son « ego » et au monde, le sujet individuel construit son identité, un « moi » réel ou imagé, à travers le prisme de sa propre narration, si elle est secondairement désignée comme une pratique de communication, comme l’expression d’un rapport historique, puisque possédant un préfixe inné, elle présuppose des destinataires réels ou possibles, des auditeurs individuels ou collectifs / lecteurs / interlocuteurs et qu’elle recherche leur participation imaginaire à ce qui est narré et, éventuellement, la provocation de quelque action, alors, précisément, la mémoire de Scordos annulée, interdite, réduite au silence et, à la fin, récupérée, constitue un éloquent témoignage de vie, un prisme privilégié qui permet de conduire de l’individuel à l’interpersonnel et au collectif.  Une telle narration constitue de fait une forme de « narration expressive », étant donnée qu’elle traite de la question de la justice, de la reconnaissance et de la confirmation, mais aussi de la rédemption du sujet de la charge de la mémoire qui, à l’issue de la Guerre Civile, était condamnée à ne jamais se muter en narration, à ne jamais s’exposer ni s’extérioriser.  Une telle narration ne tourne pas au narcissisme, elle n’a pas le caractère de la détente, du moment où son horizon, ainsi dans le cas que nous traitons, est une vision collective, du moment où elle porte inhérent le requis du compte rendu à la conscience et à l’histoire.  Elle n’est pas non plus une « narration accablante », attachée pour toujours au passé mythifié et héroïque d’un paradis perdu, devant la dynamique d’un monde qui change à une cadence impétueuse, en transformant le présent en une ligne interrompue d’instants fugitifs.[21] Il s’agit d’une pratique narrative d’émancipation de la malédiction de l’oubli imposé, l’expérience douloureuse du rappel du passé au présent, à travers laquelle est regagné le temps perdu des combats annulés, des persécutions, des tortures et des sacrifices, tandis que la mémoire sanglante devient le canal de projection dans l’avenir de telles visions et de tels plans, un foyer de collectivité mais aussi de résistance.
Chaque mémoire s’active en rapport avec le contexte historique qui mobilise son porteur, les nécessités, les intentions et les visions du présent.  Sous ce prisme, l’emphase accordée par Scordos, lors du processus de rappel du passé et d’enregistrement de ses expériences et de ses réflexions, à la constitution du front antifasciste en tant qu’une lutte suprême contre les forces de l’Axe, dans le but primordial de défendre le système parlementaire et dans le but secondaire d’empatter et d’approfondir la démocratie politique et sociale dans la marche de l’humanité vers la réalisation de la réformation socialiste[22] n’est que l’ « isotopia » de la conviction du rarrateur que, sous les conditions actuelles de dérégulation néolibérale des rapports du travail, est nécessaire à la cohésion des républiques pluralistes de masse, l’assurance du consentement social le plus large possible et l’hégémonie idéologique. Un tel cadre de mémoire, qui évoque l’optimisme révolutionnaire qui émanait du contexte de développement le plus heureux pour le communisme grec et pour celui d’Europe occidentale, pendant la période 1941-1945, met en second plan – quand il n’omet pas totalement - la dénonciation de la pathologie du stalinisme et des déviations du socialisme « existant », ainsi que la critique des politiques stratégiques incohérentes et des ordonnances tactiques spasmodiques du KKE, notamment sur son implication dans la Guerre Civile dans laquelle il n’a pas tenu compte de l’ambiance négative créée par la Guerre Froide.  Un tel cadre de mémoire ne met en valeur, non plus, ni la question du pouvoir absolu qu’exerçait le KKE sur ses membres (surtout ceux incarcérés) ni du dévouement aveugle qu’il exigeait d’eux.  Ce cadre de mémoire ne traite pas des mécanismes de parti qui planifiaient et orchestraient la réduction en démon de « l’ennemi interne »,  ainsi que l’élimination morale et physique de ceux qui prenaient des distances de sa ligne.  Il n’impute pas de responsabilité pour la révolution annulée.  Et ceci, non parce qu’il ne pourrait pas faire de critique essentielle, non parce que le KKE aurait pris dans la conscience de Scordos des dimensions transcendantales, mais, selon toute évidence, parce que la mémoire repousse et tait l’expérience la plus intense qui est toujours traumatique, la plaie béante capable de démanteler l’identité humaine même.  Dans le cas précis, la foi aveugle en l’utopie de la révolution communiste et au rôle dirigeant du parti, fonctionne exactement comme le centre existentiel de Stamatis Scordos, un marin cosmopolite et en même temps patriote, et de ses compagnons.  L’alignement sur la « ligne de mémoire du parti »[23] est bien évident dans la valorisation du mouvement des forces armées grecques au Moyen Orient.[24] En soutenant « à posteriori » la ligne officielle de parti du KKE, lequel, depuis son 7e Congrès par la bouche du secrétaire général Nicos Zahariades avait stigmatisé le mouvement comme étant « le doigt » des services secrets anglais, Scordos avance l’argument que, malgré le bien fondé des réquisitions, la manifestation du mouvement dans un contexte historique hostile, a essentiellement contribué au ralliement des forces conservatrices et réactionnaires et a donné aux Anglais l’occasion d’accuser EAM (le Front National de Libération) et le KKE, de créer une ambiance défavorable à la Gauche et d’émousser la position de la Grèce dans le camp des alliés.
Epilogue
L’oubli sélectif du passé est, ainsi que Nietzsche l’a avancé le premier, le seul moyen d’empêcher  la tyrannie du passé sur le présent.  Particulièrement chez les sociétés qui, durant le 20e siècle, ont vécu l’expérience tragique de la guerre civile, l’oubli a – d’une certaine façon – un caractère de nécessité, puisqu’il représente – dans sa version progressiste – la revendication politique démocratique de surpasser la stigmatisation idéologique, la désagrégation ou  l’élimination physique du différent et du vaincu et – dans sa version conservatrice – il fonctionne comme une fraude idéologique en supprimant ou en aliénant la mémoire historique traumatique ou contentieuse, dans le but de « déshistorifier » les conflits de classe et les combats politiques du passé et, en fin, de légitimer le présent sous le manteau du consentement politique.  En Grèce, le contexte historique et la collaboration occasionnelle de la Droite avec la Gauche, le fonctionnement idéologique de laquelle a été fondé sur la « projection rétrospective de la réconciliation nationale sur le passé »[25] ainsi que sur la levée des conséquences de la Guerre Civile au moyen de l’ « assentiment pour que l’amnésie historique soit imposée »[26], ce contexte et cette collaboration ont conduit, en 1989, au bûcher cérémonieux et soi-disant propitiatoire, chargé toutefois de significations « médiévales », flambant dans les hauts fourneaux de l’Aciérie, des milliers de dossiers de citoyens, crémant ainsi « les documents d’une période cruciale de notre histoire », en conséquence de la collaboration harmonieuse de tous les partis au parlement.[27] L’incinération des dossiers a eu une double signification négative.  D’une part, elle a privé la science historique d’un matériel historique d’importance éminente, matériel fonctionnel et valorisable non seulement en histoire politique mais aussi en histoire sociale et culturelle,[28] d’autre part, elle a ôté tout contenu à la réquisition de conscience de soi collective, puisqu’elle a subjugué l’évident droit démocratique à la mémoire et à l’interprétation historique qui visent le but de trouver et de restituer la vérité, à une soi-disant nécessité d’oubli qui s’impose et de compensation politique et idéologique.  Il est manifeste que le fait que le dossier personnel de Stamatis Scordos ait été sauvé intègre et intégralement offert à la recherche, ajoute un anneau d’importance décisive à l’effort de documentation historiographique et d’interprétation de faits déterminants de l’histoire grecque moderne.  À condition, certainement, qu’il soit à l’avance tenu compte que les reliquats archivistiques des institutions et des mécanismes de répression de l’État en guerre civile et de la « démocratie en cachexie »[29] qui succéda à cette guerre civile ne dégagent pas nécessairement des figurations fidèles de la réalité historique, mais des réfractions, des images entremises, la carcasse desquelles c’est la logique bureaucratique de l’état autoritaire d’ une Droite paternaliste et phobique.  Le sauvetage du dossier de Scordos ne doit pas ressortir de l’engagement – tant propagé – du gouvernement d’alors qu’il allait conserver les dossier des « illustres » - enchaîné à une élitiste approche du passé, officiant au culte des héros – mais il est plutôt le résultat de l’action d’une tendance minoritaire qui soutenait qu’il fallait rendre les dossiers aux « titulaires » comme s’il s’agissait d’un bien patrimonial ou d’une menace venant du passé qui devait être réfutée, car elle aurait pu ébranler et dérégler l’identité même du citoyen de gauche, réintégré dans la vie sociale et politique depuis 1974 et, surtout, à partir de 1981.       



[1] J’adopte l’utilisation du préfixe grec « anti » inaugurée par André Malraux; in Michel Wieviorka, La différence, Balland, Paris 2001.
[2] Gelina Charlaftis, «Εφοπλιστές και κρατικός παρεμβατισμός στη δεκαετία του 1940» (Armateurs et interventionnisme étatique durant les années 1940), Τα Ιστορικά, 10 (Juin 1989), p. 105-115. Voir aussi Alexander Kitroeff, “The Greek Seamen’s Movement, 1940-1944”, Journal of Hellenic Diaspora,  tome VII, n.3-4, 1980, p. 73-97.
[3] Antonis Liakos. Εργασία και πολιτική στην Ελλάδα του Μεσοπολέμου.  Το Διεθνές Γραφείο Εργασίας και η ανάδυση των κοινωνικών θεσμών. (Le travail et la politique en Grèce dentre deux guerresLe Bureau du Travail International et l’émersion des institutions sociales), Institut de Recherche et d’Éducation de la Banque Commerciale de Grèce, Athènes 1993, 566, 567. 
[4] Ioanna Papathanassiou, «Βίωμα, ιστορία και πολιτική: η υπόσταση της προσωπικής μαρτυρίας. Σκέψεις με αφορμή δύο βιβλία του Τάκη Μπενά» (Expérience, histoire et politique : la substance du témoignage personnel.  Réflexion au sujet de deux livres de Takis Benas), Τα Ιστορικά, 24 / 25 (Juin - Décembre 1996), p. 255-256.
[5] Polymeris Voglis, Η εμπειρία της φυλακής και της εξορίας. Οι πολιτικοί κρατούμενοι στον Εμφύλιο Πόλεμο, (LExpérience de prison et dexil. Les détenus politiques de la Guerre Civile), Alexandreia éd., Athènes 2004,  p. 338-339
[6] Nous citons ci-après certains titres caractéristiques qui couvrent tant les événements politiques et militaires que les expériences d’incarcération :
a)       Gér. Antonatos, Στα στρατόπεδα (Dans les camps), 1965.
b)       Gér. Antonatos, Η κατοχή στην Ακροναυπλία  (L’occupation en Acronauplie), 1967.
c)       Vas. Gianongonas, Ακροναυπλία  (Acronauplie), 1963. Ce texte est impressionant, à cause de la critique intense exprimée à l’égard des structures de parti « de pouvoir » qui s’étaient constitués dans la prison d’Acronauplie.
d)       Dim.N.Dimitriou (dit Nikiphoros), Αντάρτης στα βουνά της Ρούμελης, Χρονικό 1940-1944 (Partisan dans les montagnes de Rouméli, Chronique 1940 – 1944), en 3 volumes.
e)       Costas Birkas, Γιατί πολεμήσαμε. Η Αλήθεια και το ψεύδος για την Εθνική Αντίσταση (Pourquoi nous avons combattu. La Vérité et le mensonge à propos de la Résistance Nationale), Athènes 1956.
f)        Costas Birkas, Σελίδες του αγώνα : ηρωϊκό χρονικό της 15ετίας 1935-1950  (Pages de la lutte : une chronique héroïque des 15 années 1935 – 1950), Melissa éd., 1966
Tome 1: Κάτω από τη μπότα της Δικτατορίας 1936-1940  (Sous la botte de la Dictature 1936 – 1940)
Tome 2 : Με την ψυχή στα δόντια, ΚατοχήΑνάφη  (L’âme aux dents, Occupation, Anaphi)
Tome 3 : Στην καρδιά της κόλασης (Au cœur de l’enfer).
g)       Petros Roussos, Η Μεγάλη Τετραετία (Les Quatre Grandes Années), Πολιτικές και Λογοτεχνικές Εκδόσεις (Éditions Politiques et Littéraires), 1966.
                 
[7] Nous citons, à titre indicatif certains noms que nous avons rencontrés dans deux numéros du périodique (numéro 8, Décembre 1966, numéro 9 Décembre 1967) Il s’agit des cadres militaires de ΕΛΑΣ (prononcé ELAS signifie Armée Populaire Grecque de Libération) et de ΔΣΕ (DSE signifie Armée Démocratique Grecque), Dimos Votsikas, Al. Koutsoukalis, Than. Mitsopoulos, M. Boukouvalas.
[8] D’une manière générale, en ce qui concerne les textes autobiographiques des communistes grecs, ainsi que les segmentations et les différenciations qui les distinguent en catégories selon que l’écrivain soit un homme ou une femme et en fonction de ses origines, de son niveau d’éducation et de sa profession : voir Christian Gonsa «Αυτοβιογραφικά κείμενα ελλήνων κομμουνιστών. Η ιστορία του Κομμουνιστικού κόμματος της Ελλάδας μέχρι τον Β΄ Παγκόσμιο Πόλεμο»  Textes autobiographiques de communistes grecsL’histoire du Parti Communiste de Grèce jusau’à la Seconde Guerre Mondiale»),  Μνήμων, no 17, p. 107-129.

[9] François Bedarida, “Memoire et conscience historique dans la France contemporaine”, tel que cité par Christian Laville “Historical Consciousness and Historical Education : What to expect from the First for the Second” in : Peter Seixas (ed.) Theorizing Historical Consciousness, University of Toronto Press, Toronto – Buffalo – London 2004, p. 172.
[10] Dominick La Capra. «Επανεξέταση της διανοητικής ιστορίας και της ανάγνωσης των κειμένων» (En repensant l’histoire intellectuelle et la lecture des textes) dans : Διανοητική ΙστορίαΌψεις μιας σύγχρονης συζήτησης. Κείμενα των Roger Chartier, Dominick La Capra, Hayden White  (Histoire intellectuelle.  Aspects d’un débat actuel.  Textes de Roger Chartier, Dominick La Capra, Hayden White), traduit en grec par Elsa Contogiorgi.  Société d’Étude de l’Hellénisme Moderne – Μνήμων, No 77, Athènes 1996.)
[11] Antonis Liakos, «Επί της τέφρας ή μετά τη Χαλυβουργική, τι(Sur le cendre ou après lAciérie, quoi?),  Réimprimé depuis le volume collectif : Σύγχρονα αρχεία, φάκελοι και ιστορική έρευνα (Archives contemporains, dossiers et recherche historique), ΕΜΝΕ - Μνήμων (Société d’Étude de l’Hellénisme Moderne), Athènes 1991, 29.
[12] L’attachement progressif des couches sociales populaires et rurales à l’idéologie communiste pendant l’Entre deux Guerres, est dû à des raisons précises de mécontentement de nature économique, tant inhérents qu’externes.  Il s’agit surtout de la haute inflation qui attaquait au vif le niveau de vie des ouvriers et des paysans, ainsi que de la petite bourgeoisie; il s’agit également du processus accéléré de la transformation capitaliste du marché du travail, qui avait pour résultat l’engagement de luttes syndicales pour la sauvegarde des métiers traditionnels.  Il s’agit par ailleurs des répercutions de la récession mondiale sur l’économie grecque.  En Grèce, l’engagement au parti communiste ne provint donc pas de la radicalisation de la conscience théoriquement instruite de l’avant-garde ouvrière, comme il en advint ailleurs, mais par la politique circonstancielle même du KKE.  Par conséquence, dans le cas du marin Stamatis Scordos aussi, l’engagement politique en tant que dérivatif du chômage et de la répression ainsi que de l’efficacité / promptitude des mécanismes de recrutement du KKE, a devancé l’initiation idéologique essentielle et l’instruction théorique.  C'est-à-dire que son adhésion à l’idéologie communiste avait en premier lieu un caractère empirique.  Il faut, cependant, dans le cas de Scordos, tenir aussi compte de l’amorçage bipolaire des fermentations de constitution de son identité politique et syndicale.  Nous entendons c’est à dire le mouvement marin grec et international, qui sont à l’origine de l’approche cosmopolite et non étroitement nationaliste des luttes politiques et du mouvement syndical.
[13] En ce qui concerne le sens de la mémoire  dans le cadre de l’histoire orale, Luisa Passerini le définit, depuis 1982, comme « la production vivante de sens et d’interprétations de caractère stratégique qui ont la qualité d’influencer le présent », mais aussi d’être excités par le présent, nous compléterions, et non comme une description fidèle du passé ou comme une représentation linguistique sans intermédiaire de l’expérience personnelle du narrateur – témoin, qui se trouvait hors des centres de prise de décisions ou de production de parole.  Les points de vue ci-dessus de l’importante historienne italienne, sont cités par Anna Vidalis., «Προφορικές μαρτυρίες: από την τραυματική εμπειρία στη συλλογική μνήμη» (Témoignages oraux : de l’expérience traumatique à la mémoire collective). Université d’Athènes – Faculté d’Histoire et d’Archéologie, Μαρτυρίες σε ηχητικές και κινούμενες αποτυπώσεις ως πηγή της Ιστορίας. (Témoignages en enregistrements sonores et vidéo, comme source d’histoire).  Compte rendu de la Journée Internationale (30 Mai 1997). Katarti ed., Athènes 1998, p. 110-111.)
[14]  Sur ces trois catégories de réticence à propos du passé et sur leur mise en évidence à travers des exemples historiques précis, voir Marc Ferro, Η Ιστορία υπό επιτήρηση. Επιστήμη και συνείδηση της Ιστορίας. (L’Histoire sous surveillance.  Science et conscience de l’Histoire). Traduction par Vasilis Tomanas. Nisides ed., Athènes 1999. p. 42-48. L’historien française Marie-Claire Lavabre, Le fil rouge. Sociologie de la mémoire communiste., Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques,  Paris, 1994, montre la manière dont, en utilisant la « pédagogie de l’organisation », le Parti Communiste Français, a pu inculquer à ses membres une mémoire collective historique unie, en tant qu’élément structurel de la constitution de leur identité de membres du parti.
[15] Franguiski Abatzopoulou. « Ιστορία και μυθοπλασία: Οι αυτοβιογραφικές αφηγήσεις πολέμου» (Histoire et création de mythes : les récits autobiographiques de guerre) dans la collection de textes du même auteur. Η γραφή και η βάσανος. Ζητήματα λογοτεχνικής αναπαράστασης (L’écriture et la tortureQuestions de représentation littéraire), Patakis ed., Athènes, 2000, p.205
[16] Ibid., p. 208
[17]  En ce qui concerne ces catégories d’analyse dans la décodification des témoignages de l’Occupation, de la Résistance et de la Guerre Civile, voir Riki van Buschoten, «Δεκαετία του 40: διαστάσεις της μνήμης σε αφηγήσεις ζωής της περιόδου»  (Les années 40 : dimensions de la mémoire dans les récits de vie de cette période), Επιθεώρηση Κοινωνικών Επιστημών (Revue des Sciences Sociales), 107 A’ (2002) p. 141.  Une importance capitale, concernant la localisation des témoignages qui se réfèrent à la période de la Guerre Civile, revêt l’œuvre bibliographique de Nicos Koulouris, Ελληνική βιβλιογραφία του Εμφυλίου Πολέμου, 1945-1949.  Αυτοτελή δημοσιεύματα. 1945-1999 (Bibliographie grecque de la Guerre Civile, 1945-1949.  Publications autonomes. 1945-1999).   Φιλίστωρ, Athènes  2000.  Plus particulièrement, en ce qui concerne l’approche, l’analyse et l’érection en histoire des témoignages de la Guerre Civile, voir aussi Tassoula Verveniotis, «Προφορική ιστορία και έρευνα για τον ελληνικό Εμφύλιο Πόλεμο: η πολιτική συγκυρία, ο ερευνητής και ο αφηγητής»  (Histoire  orale et recherche sur la Guerre Civile grecque : le contexte politique, le chercheur et le narrateur), Επιθεώρηση Κοινωνικών Επιστημών (Revue des Sciences Sociales), ,107 A,  p. 157-181.  D’ailleurs, l’œuvre de Franguiski Abatzopoulou, «Ιστορία και μυθοπλασία. Οι αυτοβιογραφικές αφηγήσεις πολέμου». (Histoire et création de mythes : les récits autobiographiques de guerre) p. 202 – 228 est utile dans l’application de méthodes d’approche et dans l’accès critique à celles-ci, mais surtout dans l’accès à des modèles d’analyse structurelle de témoignages, non seulement en tant que textes remplissant une fonction référentielle / mais aussi une fonction inhérente de restitution / de création de mythes. Voir aussi Thanasis Sfikas, «Η ιστοριογραφία του ελληνικού Εμφυλίου Πολέμου: βιβλιογραφικό άρθρο»  (L’historiographie de la Guerre Civile grecque : article bibliographique).  Ίστωρ,  9 (1996), p.189-207 et Panagis Panagiotopoulos, «Η κομμουνιστική μνήμη της ήττας: διερευνώντας τις κοινωνιολογικές προϋποθέσεις της μεταϊστορικής ηθικής δικαίωσης»  (La mémoire communiste de la défaite : en enquêtant sur les conditions sociologiques de la justification morale métahistorique).  Δοκιμές (Essais), 6 (1997), p. 135 -163.
[18] Il s’agit de ce que l’on appelle « expérience traditionnelle » (Erfahrung), que Walter Benjamin distingue de l’ « expérience actuelle » (Erlebnis), qui est définie par sa disjonction par rapport à la communauté et le passé collectif, étant « simplement fugitive » et ne laissant « aucun reliquat interne de sens », Voir David Gross, Τα ερείπια του παρελθόντος. Παράδοση και κριτική της νεωτερικότητας, (Les reliques du passé. Tradition et critique de la modernité)  édition Georges Mertikas, traduction Constantin Geormas, Patakis ed., Athènes 2003, p. 118 Note 1. Plus particulièrement, Ioanna Papathanasiou, «Βίωμα, ιστορία και πολιτική: η υπόσταση της προσωπικής μαρτυρίας. Σκέψεις με αφορμή δύο βιβλία του Τάκη Μπενά»., op.cit., p. 258, constate que dans les témoignages de ce genre « l’identité se constitue à travers la référence à la collectivité du mouvement de gauche » et que, dans la pratique, seulement au cours des années 1990 il commence à prendre forme une nouvelle attitude dans le cadre de laquelle, sans que le éthos collectif soit éliminé, « le ego se renforce et se reconstitue en tant que signifiante équivalente », le combattant et lutteur non seulement en tant que héro mais aussi en tant qu’homme quotidien.
[19] Concernant le caractère individuel ou social de la mémoire, voir Anna Vidalis, «Προφορικές μαρτυρίες: από την τραυματική εμπειρία στη συλλογική μνήμη» (Témoignages oraux : de l’expérience traumatique à la mémoire collective), voir p. 105 - 115. Eleftherios P.Alexakis, «Οι εθνοτικές ομάδες, πόλεμος και ιστορική μνήμη στους Έλληνες Βλάχους του Κεφαλόβρυσου (Μετζιτιέ) Πωγωνίου». (Les groupes ethniques, guerre et mémoire collective chez les Vlachi - Grecs de Kefalovrysso  - Métzitié - de Pogoni). Εθνολογία  (Ethnologie) 9/ 2001 (2002), p.140 considère que « …une même mémoire collective n’est ni ne peut être unie, mais elle est multiple, puisqu’elle dépend du groupe social dans le cadre duquel elle est produite. Le sujet se rappelle, en se plaçant lui-même dans le groupe et la mémoire du groupe se réalise et se manifeste sous forme de mémoires individuelles.  Il s’agit donc de “fragments” de la mémoire collective/sociale».
[20] Il parait que les listes des noms des compagnons torturés ou mis à mort pendant la Guerre Civile, constituent comme un élément structurel des témoignages et des mémoires des combattants de gauche.  Voir Tassoula Verveniotis,  Διπλό βιβλίο. Η ιστορική ανάγνωση, (Livre double. La lecture historique), Βιβλιόραμα, Athènes 2003, p. 98.

[21] J’emprunte les termes « narration expressive » et « narration accablante » à Meloucci, voir Αλμπέρτο Μελούτσι, Κουλτούρες στο παιχνίδι. Διαφορές για να συμβιώσουμε (Des cultures en jeux), μετάφραση – εισαγωγή Μιχάλης Ψημίτης, Gutenberg, Αθήνα 2002, p. 213-217.
[22]  Après 1934, c'est-à-dire durant la période cruciale de l’initiation idéologique et de l’intégration syndicale de Stamatis Scordos, le retour des partis communistes européens vers la politique des « fronts populaires » avait pour résultat l’abandon du langage de « la révolte prolétaire et de la vision soviétique », le remplacement de ce langage par le code du patriotisme et de l’union antifasciste, par l’emphase à des valeurs sociales-démocrates, à la collaboration avec une large spectre de forces politiques progressistes et à la constitution d’alliances inter - classes.  Un changement temporaire à cette stratégie a été causé à la suite du « Traité de non agression » convenu entre l’URSS et l’Allemagne nazi le 23 Août 1939.  Ce traité, malgré l’ébahissement initial et l’embarras accentué qu’il a causé aux partis communistes de l’Europe occidentale, en a contraint la majorité (le Parti Communiste Français et le Parti Communiste de Grande Bretagne en premier lieu) de s’aligner rapidement à la stratégie internationaliste, en enchérissant sur les choix de l’URSS qui qualifiait la guerre de « guerre impérialiste ».  Seulement quand l’Allemagne a attaqué l’URSS, le 22 Juin 1941, la guerre impérialiste s’est de nouveau transmutée en guerre antifasciste.  Dés lors, pour les communistes européens, la défense de la « patrie socialiste », l’antifascisme et l’indépendance nationale devinrent des buts entrelacés dans le cadre d’une lutte unie, ce qui les a menés à prendre en main le rôle dirigeant dans la résistance antifasciste.  Notamment en Grande Bretagne, qui fut la base du mouvement marin communiste grec, qui fut le seul pays qui n’était pas neutre à la guerre mais où fonctionnait légalement un parti communiste qui soutenait sans réticence l’ « effort de guerre national », là il a été créé les conditions pour que des positions analogues soient forgées dans les rangs des communistes grecs.
[23] Tassoula Verveniotis,  Διπλό βιβλίο. Η ιστορική αφήγηση, op.cit, p. 117, considère que d’une manière générale, la ligne de mémoire du parti que le KKE imposait à ses membres et à ses sympathisants « consistait à sauvegarder tout ce qui comportait de l’héroïsme ou du sacrifice et à éliminer tout ce qui était désagréable » ou bien, comme nous aurions complété nous, relever à l’excès tout ce qui aboutissait bien, comme par exemple la Résistance Nationale, et taire ou condamné tout ce qui avait une évolution négative, comme la Guerre Civile. Le même historien présente l’hypothèse – cf. p. 94 – que « l’incarcération prolongée rend presque automatique l’identification au subconscient collectif de parti dans la création duquel, la ligne de mémoire du partijoue un rôle décisif ».
[24]  Le 1er Avril 1944 commencent les insurrections dans l’armée – 1ère Brigade – et dans la marine militaire – vaisseaux de guerre grecs en Alexandrie – qui ont abouti à l’incarcération de 9000 hommes dans des camps de concentration divers et à l’épuration de l’armée des soldats et des officiers communistes et progressistes.  Concernant le mouvement d’Avril 1944 au Moyen Orient voir, parmi d’autres, Vassilis Nefeloudis, Η Εθνική Αντίσταση στη Μέση Ανατολή (La Résistance Nationale au Moyen Orient),  volumes A et B, Θεμέλιο (Thémélio) ed., Athènes, 1981, et Giorgis Athanasiades, H πρώτη πράξη της ελληνικής τραγωδίας, (Le premier acte de la tragédie grecque), Σύγχρονη Εποχή (Époque moderne) éd., Athènes, 1994. Sur les problèmes qu’a causés dans les rangs du KKE la transmutation en roman de ces événements par Stratis Tsirkas dans l’ouvrage littéraire majeur de la prose grecque d’après guerre Ακυβέρνητες Πολιτείες (Cités a la derive), voir Yiannis Papathéodorou, «Ο σκληρός Απρίλης του 44. Μυθοπλασία, ιστορία και μνήμη στιςΑκυβέρνητες Πολιτείεςτου Στρατή Τσίρκα» (Le dur Avril de 1944, création de mythe, histoire et mémoire dans Cités  a la derives de Stratis Tsirkas), Μνήμων, 24 (2002), p. 269-296.

[25] Antonis Liakos.  «Επί της τέφρας ή μετά τη Χαλυβουργική, τι;»  (Sur le cendre ou après lAciérie, quoi?). ,op. cit, p. 27.
[26] Ibid, p. 28 note 6. Theodora Cavoura, « La memoire brulee : un cas d’oubli institutionel », Henri Moniot et Maciej Serwanski, L’Histoire et ses functions. Une pensee et des pratiques au present, L’Harmattan, Paris-Montreal 1998, 89-98.
[27] Philippos Iliou, «Να μην καούν οι φάκελοι» (Ne pas brûler les dossiers), Οι φάκελοι  (Les dossiers), Θεμέλιο ed., Athènes 1989, p.16. Le même auteur avait exprimé l’avis que l’incinération des dossiers contrevenait à la législation en validité, « sur la destruction de documents publiques ».
[28] D’après Philippos Iliou, «Υστερόγραφο για τους φακέλους»  (Post-scriptum sur les dossiers), Οι φάκελοι, op. cit.,, p. 29, l’approche historique aux dossiers aurait permis l’examen de situations globales et des mécanismes qui les caractérisent ».  Notamment, « […] il résulterai une empreinte unique de la société grecque durant les premières décennies de l’après-guerre : description des couches sociale, composition démographique et sociale de la population grecque de gauche, répartition géographique, rapports entre la situation financière – la conscience sociale – l’engagement politique, des indices d’analphabétisme et de religion, attitude des hommes (particulièrement des communistes) face à la mort […] ».)
[29] C’est le terme qu’utilise Ilias Nicolacopoulos pour décrire le système parlementaire de la période allant de la Guerre Civile à la dictature militaire. Η καχεκτική δημοκρατία. Κόμματα και εκλογές 1946-1967  (La démocratie en cachexie.  Partis et élections 1946-1967), Patakis ed., Athènes 2001.

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